Réflexion sur la mutation de la décoration
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La mutation objective de la décoration

 

Je considère la décoration comme un art ornemental capable d'avoir une action directe ou indirecte sur notre bien-être et les comportements qui y sont associés. De nos jours, la décoration met en forme des références "tendances" qui mutualisent des codes esthétiques pour les rendre accessibles à tous. Elle crée alors dans nos intérieurs un monde impersonnel, pour installer un climat principalement d'apparence.


La décoration se fabrique alors dans l'assistanat, la facilité et la rapidité, ne laissant ainsi aux habitants qu'un rôle d'assembleur et d'ajusteur. Elle ne doit pourtant pas être une simple apparence purement illusoire, mais, elle doit renfermer comme art une réalité individuelle réfléchie. Le plaisir esthétique est une expression ou un sentiment, cette idée confirme l’opinion courante « à chacun ses goûts ». Dans son sens ordinaire, la subjectivité désigne le caractère de ce qui est personnel. Elle définit à mon sens un état émotionnel.


La décoration est-elle subjective ? Aujourd’hui, je dirais "par toujours" malheureusement.

Le fait de rendre la décoration impersonnelle par l’abondance d’informations ou le visuel reste prépondérant au message, fait que l’émotion créée par l’impact profond de l’esthétisme est remplacé par une émotion purement superficielle et calculée. Nous perdons le sens du ressenti. Ce ressenti est remplacé par un sentiment de jugement purement pragmatique et des attitudes qui font appel à notre esprit critique et analytique et non subjectif
La décoration perd alors tout son sens profond, ce que l’on peut considérer comme beau n’est alors plus que subjectif.

Nos traditions, notre culture, notre religion, notre histoire, nos souvenirs ... sont des ingrédients qui participent à la confection de notre tissu environnemental privé. La difficulté consiste à trouver un équilibre à vivre seul ou à partager avec ses proches.

Il est important de trouver ses propres repères dans un travail d'introspection, une clé pour accéder à notre subconscient. Une source d'informations à exploiter ensuite par notre conscience pour imaginer un intérieur idéal.

 

Prenons l'exemple suivant : il est important de me retirer seul dans une pièce feutrée pour évacuer mon stress de la journée. Une résonance douce est un déclencheur pour m'aider à accéder à un état de tranquillité. J'ai découvert qu'il est directement lié à celui que l'on entend pendant un recueillement dans un lieu religieux. Sa résonance bien spécifique symbolise pour moi une écoute de soi dans un espace restreint, confiné et hors du temps.

Le choix des éléments et des matériaux tels que les tapis, les parements ou bien encore une bibliothèque bien remplie ont une incidence sur mon état et mon bien être du moment, car ils ont un impact dans l'absorption des sons.

 

Mes études se sont orientées depuis 1993 vers une utilisation des volumes et de la couleur. Ces deux éléments de base m'ont permis de mettre en scène des intérieurs en matérialisant le paysage des références du subconscient au travers d'une décoration symbolique.

 

La surface et les volumes des objets qui constituent la décoration sont le résultat d'une construction visuelle précédée par une connaissance tactile (proximité physique aux objets)

Les volumes et la couleur se mettent en scène par des impressions murales colorées, d'intensités diverses, qui sont reliées ou non entre elles, en fonction de l'angle de vue et de la géométrie de la pièce. C'est seulement en multipliant les déplacements, en provoquant le mouvement que j'élabore la continuité de l'espace et forme dans un même temps l'unité des objets. L'espace tactile est la distance qui nous sépare de l'objet de décoration, alors que l'espace visuel est la distance qui sépare les objets entre eux, d'où l'importance de créer des volumes muraux et aux plafonds pour avoir une vision naturelle de l'architecture environnante. Ce jeu me permet alors de donner un sens aux autres éléments décoratifs tout en mixant la culture orientale à la nôtre et de trouver un équilibre émotionnel individuel.


 

Observation, la mutation de notre environnement


J'ai observé depuis dix ans que notre société « zapping » et l'appel à la surconsommation ont eu un rôle prépondérant dans nos comportements liés à la construction de nos intérieurs. Si nous considérions avant les années 80 notre habitat comme un élément faisant partie d'un environnement en mouvement, la cité urbaine, il se suffit aujourd'hui à lui même, le point qu'il était s'est muté en un cercle, un microcosme individuel.

L'accumulation de ces microcosmes individuels (nos habitats) forme dans nos cités urbaines une ruche de bulles. Collées les unes aux autres, elles créent des frontières, prêtes à éclater. L'esthétisme artistique créé par l'esprit étant plus élevé que celui de la nature, notre société nous rappelle l'importance de la maîtrise de notre lieu d'habitation, donnant ainsi à chaque individu des notions d'embellissement. Mais nos origines et notre mémoire nous ramènent fondamentalement à l'essentiel, la nature.

 

Notre lieu d'habitation se prolonge ainsi à l'extérieur. Le discours reste alors le même, le jardin, le balcon, la terrasse ont les mêmes codes conceptuels, repoussant ainsi les limites à la frontière du cercle. Est ce un avertissement d'une société en mutation, prête à accepter un retour aux traditions ?


Nous pouvons savoir si notre intérieur nous convient mais sans aucune notion de temps. C'est certainement la faiblesse la plus importante dans la relation avec notre intérieur. Elle est à l'image de l'information et des tendances.

La tendance "déco" n'est-elle pas galvaudée, elle même n'ayant évidemment pas les solutions et n'étant que le reflet des enjeux économiques et des stratégies liées au marketing. La décoration ne doit pas subir son environnement mais respecter une règle des plus élémentaires, être à l'image de ceux qui la pensent et qui la vivent et nous apporter réellement du bien être, la décoration devient sociétale.

Aujourd’hui je pense qu’il est important de se prémunir de tout abus purement lucratif de la mutation de la décoration.

 

> Subjectivité chez Sladana et Manu ...


Franck Dupuy

 


 
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